C'est le moment de vérité. Celui qui vous noue l'estomac.
Vous avez validé votre idée de business. Vous avez commencé à générer vos premiers euros soirs et week-ends. Vous avez mis de l'argent de côté. Votre projet n'est plus un rêve flou, c'est une réalité tangible qui ne demande qu'à grandir.
Mais pour qu'il grandisse, il lui faut du temps. Tout votre temps.
Il y a un obstacle majeur entre vous et votre liberté totale : votre contrat de travail (CDI).
La question qui hante tous les futurs entrepreneurs est la suivante : "Comment je pars ?"
Est-ce que je claque la porte (Démission) ? Est-ce que je supplie mon patron (Rupture Conventionnelle) ? Est-ce que je ne viens plus travailler (Abandon de poste) ?
Le choix que vous allez faire ici va déterminer votre sécurité financière pour les 18 à 24 prochains mois. Car en France, le créateur d'entreprise a un allié puissant : France Travail (anciennement Pôle Emploi).
Si vous partez "bien", vous pouvez toucher vos allocations chômage (ARE) pendant que vous montez votre boîte. C'est un filet de sécurité royal qui vous permet de réinvestir tout l'argent de votre business sans avoir besoin de vous verser de salaire immédiatement. Si vous partez "mal", vous sautez sans parachute.
Dans ce guide, je vais disséquer les options de sortie. Je vais vous expliquer les règles du jeu, les pièges juridiques de 2026 (notamment sur l'abandon de poste) et surtout, comment négocier votre départ comme un stratège.
Mais attention, ne mettez pas la charrue avant les bœufs. Ne quittez pas votre emploi si vous n'avez pas encore une vision claire de votre futur business. Si ce n'est pas fait, retournez impérativement lire la méthode globale.
Si vous êtes prêt à couper le cordon, analysons ensemble votre stratégie d'évasion.
1. L'enjeu crucial : Les Allocations de Retour à l'Emploi (ARE)
Avant de parler juridique, parlons cash. Pourquoi est-ce si important de bien choisir son mode de départ ?
Pour toucher le chômage en France, la règle de base est simple : vous devez avoir été privé involontairement de votre emploi.
Si vous touchez le chômage (ARE), vous avez deux options pour financer votre création d'entreprise :
Option 1 : Le maintien des ARE
Vous touchez votre chômage tous les mois (environ 57% de votre ancien salaire brut) pendant 15 à 24 mois, tant que vous ne vous versez pas de salaire avec votre nouvelle entreprise. C'est l'option préférée des créateurs car elle assure le loyer et le frigo.
Option 2 : L'ARCE (Le capital)
Vous demandez à France Travail de vous verser 60% de tous vos droits restants en deux fois (une moitié tout de suite, l'autre moitié 6 mois plus tard). C'est utile si vous avez besoin d'acheter un gros stock ou une machine, mais vous n'avez plus de revenu mensuel garanti.
Pour 90% des business en ligne (service, formation, freelance), je vous recommande l'Option 1 (maintien des ARE). C'est la tranquillité d'esprit absolue.
Maintenant, voyons comment obtenir ce fameux sésame.
2. La voie royale : La rupture conventionnelle
C'est le Graal. La Rupture Conventionnelle (RC) est un accord à l'amiable entre vous et votre employeur. On se met d'accord pour se séparer.
Les avantages :
- Vous avez droit au chômage (ARE) automatiquement.
- Vous touchez une indemnité de rupture (au minimum légal, équivalente à l'indemnité de licenciement).
- C'est propre, rapide (environ 5 à 6 semaines) et sans conflit.
Le problème :
Ce n'est pas un droit. C'est une négociation. Votre employeur a parfaitement le droit de refuser. Et il le fait souvent, car cela lui coûte de l'argent (l'indemnité de rupture + le forfait social de 40% pour l'État).
Comment négocier sa rupture conventionnelle ?
J'ai vu des dizaines de salariés échouer leur négo parce qu'ils l'ont jouée à l'affectif : "S'il te plaît patron, j'ai un rêve...". Le patron n'est pas là pour financer vos rêves, il gère une entreprise.
Pour obtenir un "OUI", vous devez parler son langage :
L'argument financier :
Si vous êtes un salarié ancien et bien payé, vous coûtez cher. Expliquez que votre départ va permettre d'embaucher un junior moins cher. La rupture est rentabilisée en 3 mois.
L'argument de la motivation :
Soyez honnête mais ferme. "Je n'ai plus la flamme pour ce poste. Si je reste, ma productivité va baisser. Je ne veux pas devenir un poids mort. Séparons-nous proprement maintenant tant que tout va bien."
Le renoncement à l'indemnité (Légalement gris mais efficace) :
Officiellement, on ne peut pas renoncer à l'indemnité légale. Mais officieusement, si votre patron refuse à cause du coût, vous pouvez proposer de "compenser" ailleurs (sur le solde de tout compte, les congés payés, ou une transaction annexe). Attention, c'est technique, faites-vous conseiller si vous en arrivez là.
Mon conseil d'expert : Ne posez pas la rupture sur la table comme une menace. Amenez-la comme une solution à un problème (votre baisse de motivation). Préparez le terrain des semaines à l'avance.
3. La voie technique : La démission pour reconversion
Pendant longtemps, démissionner signifiait s'asseoir sur le chômage (sauf après 4 mois de carence et réexamen du dossier, ce qui est très risqué). Depuis quelques années, un dispositif permet de démissionner ET de toucher le chômage : la démission-reconversion.
C'est une excellente alternative si votre patron refuse obstinément la rupture conventionnelle. Mais attention, c'est un parcours du combattant administratif très strict. Ne démissionnez surtout pas avant d'avoir validé toutes les étapes !
Les conditions impératives (Checklist de survie) :
- Être en CDI.
- Justifier de 5 années d'activité salariée continue (soit 1 300 jours travaillés) chez un ou plusieurs employeurs, sans interruption. Attention, un jour de chômage entre deux contrats remet le compteur à zéro.
- Avoir un projet de création ou reprise d'entreprise "réel et sérieux".
La procédure (Dans l'ordre absolu) :
- Avant de démissionner : Vous devez demander un Conseil en Évolution Professionnelle (CEP). C'est un organisme gratuit (Apec pour les cadres, autres opérateurs pour les salariés). Vous devez avoir un rendez-vous officiel.
- Monter le dossier : Avec le conseiller CEP, vous montez un dossier béton qui prouve que votre projet tient la route (étude de marché, plan de financement, business model).
- Passer en commission : Votre dossier est envoyé à une commission régionale (Transitions Pro). Ils jugent si votre projet est "réel et sérieux".
- Obtenir l'attestation : Si la commission valide, vous recevez une attestation officielle.
- Démissionner : C'est SEULEMENT maintenant que vous pouvez poser votre lettre de démission à votre employeur.
- S'inscrire à France Travail : Vous avez 6 mois pour vous inscrire et demander vos allocations.
Mon avis : C'est la voie de la sécurité si la voie amiable est bloquée. Mais prévoyez 3 à 4 mois de démarches avant de pouvoir partir. Ne faites pas ça sur un coup de tête.
4. La voie interdite : L'abandon de poste
C'était "la combine" historique. Le salarié ne venait plus travailler, l'employeur le licenciait pour faute grave, et le salarié touchait le chômage. Tout le monde était content (ou presque).
ATTENTION : C'est TERMINÉ.
Depuis la loi "Marché du travail" de fin 2022 (décrets d'application 2023), l'abandon de poste a changé de nature juridique.
Désormais, si vous abandonnez votre poste et que vous ne reprenez pas le travail après une mise en demeure de votre employeur, vous êtes présumé démissionnaire.
Les conséquences sont catastrophiques
- Votre contrat est rompu.
- Vous ne touchez aucune indemnité de licenciement.
- Et surtout : Vous n'avez pas le droit au chômage.
L'employeur n'a plus besoin de vous licencier, il constate juste votre démission présumée. Ne jouez surtout plus à ce jeu-là en 2026. C'est un suicide financier pour un créateur d'entreprise.
5. La voie du risque calculé : La démission simple
Et si on démissionnait sans rien ? Sans filet ?
Je ne le recommande qu'à une seule condition.
La condition du "Side project validé" :
Ne démissionnez "à sec" que si votre business génère DÉJÀ des revenus récurrents qui couvrent au moins 70% de vos charges fixes.
Si vous gagnez 2000 € de salaire et que vous avez besoin de 1 500 € pour vivre : ne démissionnez pas tant que votre business ne génère pas 1 000 € ou 1 200 € de bénéfice net régulier.
La démission sèche met une pression psychologique énorme. Cette pression peut être un moteur ("Je n'ai pas le choix, je dois vendre"), mais elle peut aussi vous paralyser et vous pousser à prendre de mauvaises décisions (accepter des clients toxiques pour payer le loyer).
6. Tableau comparatif récapitulatif
Pour y voir clair, voici le résumé des forces en présence.
Rupture conventionnelle
- Chômage (ARE) : OUI.
- Indemnités de départ : OUI.
- Difficulté : Moyenne (Dépend du bon vouloir du patron).
- Délai : 1 à 5 mois.
Démission-reconversion
- Chômage (ARE) : OUI.
- Indemnités de départ : NON.
- Difficulté : Haute (Dossier lourd + condition des 5 ans).
- Délai : 3 à 5 mois.
Démission simple
- Chômage (ARE) : NON.
- Indemnités de départ : NON.
- Difficulté : Très facile (Lettre recommandée).
- Délai : Durée du préavis (1 à 3 mois).
Abandon de poste
- Chômage (ARE) : NON (Présomption de démission).
- Indemnités de départ : NON.
- Difficulté : Très risqué (À éviter absolument).
- Délai : Variable.
7. Le timing : Quand appuyer sur le bouton ?
C'est souvent la question la plus angoissante. "Est-ce que c'est le bon moment ?"
Il n'y a jamais de moment parfait. Il y aura toujours une raison de rester (la prime de fin d'année, un projet sympa, la peur du vide).
Cependant, voici les indicateurs verts qui doivent vous dire "Vas-y" :
- Indicateur financier : Vous avez 6 à 12 mois de trésorerie personnelle de côté (Épargne de précaution), en plus de vos droits au chômage potentiels.
- Indicateur business : Vous avez validé votre offre. Vous avez déjà vendu. Vous savez qu'il y a un marché. Vous ne partez pas pour "chercher une idée", vous partez pour "faire grandir une entreprise".
- Indicateur mental : Vous vivez votre emploi salarié comme une souffrance ou une perte de temps. Vous êtes physiquement présent au bureau, mais votre esprit est ailleurs.
Si vous avez ces trois feux verts, attendre plus longtemps devient de la procrastination.
Foire aux questions (FAQ)
Mon employeur me propose un passage à temps partiel pour créer ma boîte, dois-je accepter ?
C'est une excellente option intermédiaire ! Cela vous permet de sécuriser un salaire partiel tout en libérant du temps (par exemple un 3/5ème ou un 4/5ème). C'est souvent plus facile à obtenir qu'une rupture conventionnelle. Attention toutefois : vos cotisations chômage futures seront basées sur ce salaire partiel. Si vous finissez par partir totalement dans 2 ans, vos allocations seront plus faibles.
Puis-je créer mon entreprise AVANT de quitter mon emploi ?
OUI, et c'est même recommandé ! Tant que vous respectez votre obligation de loyauté et d'exclusivité (voir l'article juridique), rien ne vous interdit d'immatriculer votre micro-entreprise pendant que vous êtes salarié. Cela prouvera à Pôle Emploi (et à la commission de démission-reconversion) que votre projet est sérieux.
Si je démissionne, est-ce que je peux toucher le chômage après 4 mois ?
En théorie, oui. Après 121 jours de chômage non indemnisé, vous pouvez demander un réexamen de votre situation par l'Instance Paritaire Régionale (IPR). Vous devez prouver que vous avez cherché activement du travail (ou que vous avez activement monté votre boîte). Mais attention : ce n'est pas automatique. C'est à la discrétion de la commission. Ne basez pas votre business plan là-dessus.
Que se passe-t-il pour mes Congés Payés si je pars ?
Si vous ne les avez pas pris, votre employeur doit vous les payer dans votre "Solde de tout compte". C'est l'Indemnité Compensatrice de Congés Payés (ICCP). C'est souvent une somme coquette qui vous permet d'avoir un petit capital de départ. Attention : Pôle Emploi appliquera un "délai de carence" (un retard de paiement) correspondant à ces jours payés. Vous ne toucherez pas vos allocations tout de suite.
Conclusion : Le saut dans le vide n'existe pas
On présente souvent la démission comme un saut dans le vide. C'est faux. Si vous avez suivi ma méthode, ce n'est pas un saut dans le vide. C'est un pas sur un pont que vous avez construit vous-même, planche par planche, soir après soir.
- Vous avez vérifié la légalité.
- Vous avez testé l'idée.
- Vous avez mis de l'argent de côté.
- Vous avez choisi le bon mode de rupture.
Vous ne prenez pas un risque inconsidéré. Vous prenez un risque calculé. La différence entre les deux, c'est la préparation.
Quitter le salariat est un deuil. On quitte des collègues, une routine, un statut social rassurant. C'est normal d'avoir peur. Mais rappelez-vous pourquoi vous faites ça. Vous ne fuyez pas un emploi, vous courez vers une vie que vous avez choisie.
Une fois que vous aurez quitté votre emploi, vous allez vous retrouver seul face à votre agenda vide. Plus de patron pour vous dire quoi faire. C'est vertigineux. Pour ne pas vous perdre dans cette nouvelle liberté, il vous faut un système d'organisation en béton armé. C'est ce que nous allons voir maintenant.
Si vous êtes décidé à faire le grand saut et que vous voulez être accompagné pour ne pas trébucher à l'atterrissage, rejoignez ma formation Bâtir un vrai business en ligne. Nous y traitons en détail de la transition psychologique et financière entre le salariat et l'entrepreneuriat.
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